Fil de navigation

A mi-chemin entre Bastogne et Houffalize, Noville n'était occupé en 1944 que par environ 250 personnes. Avec ses hameaux, on en arrive à 1300 habitants, mais sa situation géographique, entre deux endroits ou la bataille fut assez violente lui valut d'être particulièrement éprouvé.
Sur 40 maisons, 30 furent détruites et 10 inhabitables. Là, furent également fusillés 7 habitants pris au hasard.

Aux premières heures du mercredi 20 décembre la bataille faisait rage aux abords du village. Les Allemands attaquaient sans répit. Une véritable pluie d'obus s'abattait sur les maisons au nord de la route.
Vers 16 heures, les Américains furent contraints de se replier. Dans la soirée, les Allemands pénétraient dans la localité parmi les ruines fumantes des fermes et des maisons. Les habitants qui n'avaient pas fui s'étaient réfugiés dans les caves. A chaque explosion, ils croyaient que leur dernière heure était venue. Durant la nuit, plusieurs d'entre eux quittèrent Noville pour aller se cacher dans les bois voisins. Ce fut le cas de Mr Beaujean et de sa famille. Le lendemain ils revinrent au village. Les Allemands en profitèrent pour faire une rafle, ramassant tous les hommes qu'ils trouvaient

Mr Fernand Beaujean raconte :
« Ils m'ont dit : montez là-haut, c'est à dire vers le centre du village. Un soldat alsacien m'accompagnait. Quand je suis arrivé près de la maison communale, on m'a poussé vers un groupe d'hommes qui y étaient déjà rassemblés, une vingtaine en tout. Puis, en rangs serrés, trois par trois, les soldats nous ont conduits devant la maison communale. Là, ils ont choisi au hasard sept hommes : le curé Louis Delvaux (45 ans), l'instituteur Auguste Lutgen (45 ans), les deux frères François et Félix Deprez (30 et 35 ans), Joseph Rosière (35 ans), Romain Henquinet (42 ans) et mon fils Roger Beaujean (21 ans).
D'une voix rude, l'un des Allemands se tournant vers nous, cria : « Vous autres, vous pouvez partir. »
Ils parlaient le français correctement, étant tous d'origine alsacienne. J'ai entendu qu'ils disaient aux sept hommes : « croisez les mains derrière la tête et suivez-nous. »
J'entendis encore un soldat qui demandait à son chef : « Où est-ce que nous allons faire ça ? »
Et l'officier montrant du doigt un immeuble en ruines, voisin de l'église répondit : « Là, derrière. »
Je marchais lentement, anxieux, me dirigeant vers ma maison. Les sept hommes suivaient. Ils furent conduits derrière chez Jacoby. J'entendis soudain un coup de feu.
Je me retournai et je vis chanceler le curé qui venait d'être abattu par l'officier d'un coup de revolver. Puis, une fusillade éclata et je vis tomber les six autres victimes, dont mon fils. Je suis rentré chez moi atterré. »
Un détail a été fourni par d'autres témoins de Noville : Tous les soldats allemands portaient sur le casque un écusson aux couleurs françaises.

(ndlr : les casques allemands avaient également un écusson,  dont les couleurs usées pourraient ressembler aux couleurs françaises. Il n'y a pas eu, à ma connaissance de casques spéciaux avec des écussons des nationalités ayant combattu sous les couleurs allemandes, ces écussons étant plutôt cousus sur les vareuses, comme la division « Charlemagne », ou la « Wallonien »)

Lorsque plus tard, lorsque le dégel fit fondre la couche de neige qui recouvrait les cadavres des suppliciés, on constata qu'un huitième corps se trouvait parmi ceux des sept victimes de Noville. On put l'identifier. Il s'agissait de Michel Stranen, de Troine (Grand Duché de Luxembourg). Rattrapé sans doute par les Allemands alors qu'il cherchait à se mettre à l'abri, il fut exécuté.