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LA TRAGÉDIE DU RETRAIT DE NOVILLE

 

Au début de la bataille pour Bastogne, le village de NOVILLE, dont on aperçoit le clocher au bout de la ligne droite en direction de Houffalize, était défendu par le groupe de combat blindé du Major DESOBRY (1/3 de la formation de combat "B" de la 10e Division Blindée US) renforcé le 19 décembre par le 1er Bataillon du 506e PIR sous le commandement du Lieutenant-Colonel James LA PRADE. Le 506e PIR avait quitté sa garnison de repos (Mourmelon près de Reine, France) dans une telle hâte que certains de ses hommes n'avaient pas de casques tandis que d'autres étaient dépourvus d'armes individuelles et de munitions. Une Jeep et un camion GMC de la 10e DB US chargés à ras bords du matériel manquant foncèrent vers les paras du 506e montant en ligne. Ils remontèrent lentement les éléments de tête, leur distribuant le nécessaire. Ensuite le restant du matériel faisant défaut fut disposé en cinq tas séparés sur le bord de la route. En passant les hommes de la colonne pouvaient ainsi y puiser aisément ce qu'il leur fallait.

Mais plus tard, l'Etat-Major du Général McAULIFFE décida d'abandonner le bourg de Noville aux Allemands parce que considéré après coup comme intenable à cause de la trop grande distance en terrain découvert séparant ses défenseurs de ceux occupant le village de Foy.

Entre-temps, le Colonel LA PRADE avait été tué et le Major DESOBRY gravement blessé suite à un coup direct de l'artillerie allemande sur l'édifice leur servant de poste de commandement...

Ainsi privé de tout support valable au départ des hauteurs de Foy, Noville ne représentait plus une position militaire acceptable. Ce n'était plus que n'importe quel village en rase campagne et un endroit de prédilection pour les brouillards au sol. Il fut donc décidé de le quitter. Mais pendant ce temps, les Allemands de la 2e Division Panzer, profitant à fond des avantages du terrain découvert noyé dans le brouillard y stationnant, avaient pratiquement encerclé la localité et déjà quelques uns de leurs chars "Tigre" avaient chargé en plein centre, terminant brutalement leur course, touchés à mort par des projectiles de bazookas. Le 20 décembre à 13h15, les premiers véhicules de la colonne en retraite quittaient Noville. Le départ s'effectua sans encombre mais arrivés à environ 500 mètres de la première ferme de Foy, située à l'écart le long de la grand'route, un des halftracks de tête se trouva aveuglé par la fermeture accidentelle du clapet blindé d'obturation. Le pilote de l'engin tendit aussitôt le bras en avant dans l'intention de le rouvrir. Le Major James DUNCAN, assis à ses côtés, se méprit sur le sens du geste. Il crut que le chauffeur avait été touché au front et qu'il essayait de protéger instinctivement ses yeux. Du coup, DUCAN serra le frein à main. Cela stoppa net le gros de la colonne. Le premier halftrack fut télescopé par le suivant qui n'avait plus de freins, le troisième vint le heurter. A ce moment précis une pluie de balles et de grenades provenant du bord de la route vint s'abattre sur la colonne immobile. Les Allemands étaient déployés dans les fossés et tiraient également à la mitrailleuse depuis l'une des fenêtres de la ferme qu'ils venaient d'investir. En outre plusieurs de leurs tanks dissimulés dans le brouillard tiraient à bout portant dans les véhicules US pris au piège sur la route rectiligne.

La tourelle d'un tank Sherman fut touchée et monta en l'air avant de retomber sur la route, bloquant le passage. Ajoutons à cela que les tanks américains étaient servis par des équipages de remplacement dont les membres n'étaient pas trop familiers avec leur maniement et pas du tout polyvalents comme le prescrivaient cependant les règlements en vigueur chez les tankistes. Ce qui devait arriver arriva, il y eut des tanks que l'on ne pouvait plus faire avancer, leurs chauffeurs tués ou blessés.

Les paras du 506e couraient d'un tank à l'autre sous la mitraille, invectivant les hommes d'équipage et les traitant de "couillons". Ils menacèrent même de passer à tabac l'un d'entre eux qu'ils soupçonnaient d'être chauffeur... Mais ils se trompaient totalement. La plupart de ces pauvres gars n'étaient que des bleus sans aucune expérience. En fait, certains étaient cuisiniers ou mécaniciens et d'autres fusiliers. Ils n'étaient tankistes que dans la seule mesure où ils appartenaient à une unité blindée. L'impasse à Foy provenait exclusivement de la carence notoire des organismes chargés de la bonne marche des remplacements au sein des unités exigeant une spécialisation avancée. Deux parachutistes grimpèrent à bord d'un "Tank Destroyer" américain qui n'était plus occupé que par le pilote, ils prirent d'initiative le canon en charge et réussirent même peu après à détruire des chars ennemis. En un autre point de la colonne, des paras avaient pris place à bord d'un Sherman immobilisé après avoir crié aux légitimes servants : on arrivera bien à faire avancer ce "fils de pute !".

La colonne put finalement s'échapper de cet enfer mais elle en sortit décimée et incapable encore d'intervenir en tant que groupe défensif constitué. Le groupe "DES0BRY" était arrivé à Noville avec 15 tanks, il en sortit avec tout juste 4 ! Le 1er Bataillon du 506e PIR était à effectifs complets lorsqu'il se déploya en renfort du groupe "DESOBRY". Il perdit 13 officiers et 199 hommes à Noville.

Par leurs efforts combinés, ils avaient cependant détruit ou neutralisé définitivement entre 20 et 30 tanks ennemis reconnus. Ils en endommagèrent et en détruisirent probablement beaucoup plus. L'Etat-Major du 506e Para estima que les assauts répétés des Allemands avaient coûté à l'ennemi 1' équivalent d'un demi-régiment.

Mais au-delà de toutes ces considérations purement matérielles, le plus important résidait dans le fait que les gars de Noville avaient tenu leurs positions pendant 48 heures qui s'avérèrent décisives dans l'établissement et la consolidation de la défense de Bastogne.