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Jean DEPREZ
Docteur en Médecine-Vétérinaire
6655 NOVILLE
(par Bastogne)
 
Noville, le 7 novembre 1994
 
Voici les caractéristiques importantes des événements qui se sont déroulées ou que j'ai subis pendant la période de la bataille de Noville.
Dans l'avant-midi du dimanche 17 décembre 1944, je m'étais rendu en visite au village de Moinet, aux alentours duquel les premiers obus allemands étaient tombés.
Le lundi 18, vers 15 heures, deux obus allemands éclatèrent à 1 km de Noville, direction de Bourcy au lieu-dit "Wigny Pierre". C'était l'indice que la progression allemande était certaine et inquiétante.
Pendant la nuit du 18 au 19 décembre, les troupes américaines arrivèrent à Noville et s'y établirent en position défensive. J'étais en partie rassuré !
Pendant ce temps, les Allemands avaient occupé Bourcy, gagné Rachamps en passant par Hardigny.
Le mardi 19, dès l'aube, le crépitement des mitrailleuses se fit entendre. Le combat était engagé.
À 8 heures, je demandais à un sous officier américain si je pouvais partir par la route vers Vaux (la route vers Bastogne étant affectée aux besoins militaires). Il me répondit que Vaux était occupé par les Allemands. Je dus rester à Noville.
Vers midi, les tanks allemands occupèrent la ligne du faîte allant de Vaux à Rachamps.
Vers 15 heures, des renforts en tanks américains, venant de Bastogne, descendaient vers Noville au lieu-dit "Corets". Ils furent pris sous le feu des tanks allemands, placés au sommet de Vaux au lieu-dit "quoquaimont".
Le combat s'intensifia et la situation des troupes américaines devint préoccupante.
Vers 18 heures, les premiers obus allemands atteignirent la maison que j'occupais.
Branle-bas de soldats américains qui occupaient l'étage. Il y eut des blessés.
Devant l'aggravation de la situation, pour ne pas tomber aux mains des allemands, je n'hésitai plus. Je partis pédestrement, à travers bois et champs vers Cobru, direction Compogne.
À Cobru, tout était calme. Il n'y avait aucune troupe. Au centre de Cobru je rencontrai René Lhermitte habitant ce village, mais qui revenait de Compogne.
Où allez-vous, me demanda-t-il ? Je n'en sais trop rien, répondis-je mais je prends la direction de Compogne. Inutile, me répondit-il. Je reviens de Compogne, les Allemands traversaient le village dans l'avant-midi.
Je passai la nuit du mardi 19 au 20 chez Maxime Louis où je restai jusqu'au jeudi 21 au matin.
La bataille fit rage jusqu'au mercredi après-midi, elle se calma dans la suite.
J'étais dans l'attente, anxieux.
Le jeudi vers 7 heures, un soldat allemand entra chez Maxime Louis, demanda une tasse de café et nous annonça que Bastogne était encerclé et s'en alla. Consternation générale.
Vers midi, un sous-officier allemand se présenta, me demanda ma carte d'identité. Etant domicilié à Noville, il m'ordonna de le suivre.
Je revins à Noville. Un calme apparent y régnait.
Il était 13 heures ; le sous-officier me fit entrer dans la maison de l'instituteur Lutgen. Dans la première pièce, se trouvaient un officier allemand et un sous-officier.
Mon interrogatoire commença. Il dura environ deux heures, passé en partie chez l'instituteur Lutgen et en partie dans mon habitation où sur une table au corridor étaient exposées, en outre ma tenue d'officier, ma carte d'état major et une salopette confectionnée avec le tissu d'une bâche individuelle de camouflage allemande.
Au cours de l'interrogatoire, entre de multiples questions, l'officier allemand me demanda: "Savez-vous que les civils ont tiré sur les soldats allemands à Noville". "Non lui répondis-je". Il me reprit "Comment ce n'est pas vrai ?" "Je n'en sais rien" lui répondis-je.
Dans mon portefeuille se trouvait mon "Entlassengschen" signé du colonnel Boye, commandant du camp de St Nazaire où je fus interné. ce document me sauva la vie. Néanmoins, je fus désigné comme otage.
Ce n'est que vers 16 heures que j'ai appris la fusillade des civils à Noville. Le massacre s'était perpétré dans l'avant-midi, après quoi les auteurs étaient partis.
Tel est le résumé très succinct des événements que j'ai vécus et que j'ai subis au cours de la bataille de Noville.
En conclusion :
          1. Je ne faisais pas partie du groupe de civils qui furent tués.
          2. Les motifs de ce massacre resteront une énigme
          3. le grade et l'appartenance d'une unité déterminée de l'officier interrogateur me sont inconnus.
 
Docteur vétérinaire Jean DEPREZ.