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Gérard Deprez se souvient

NOVILLE Le député européen, Gérard Deprez, originaire de Noville (Bastogne), n'a gardé aucun souvenir de la Bataille des Ardennes. Et pour cause ! Né le 13 août 1943, il n'avait qu'un an et demi en décembre 44. Trop jeune, bien sûr, pour se rendre compte de ce qui se passait. Ses premiers souvenirs ? «La vie dans les baraquements après la guerre»

Le drame, qui a secoué la famille Deprez durant l'hiver 44-45, il le découvrira, par lui-même, bien des années plus tard, en interrogeant les villageois. «Ma mère parlait toujours des événements sans dire de quoi il s'agissait. Je voyais bien que cela lui faisait de la peine et je n'osais pas lui poser de question.»

Flash-back. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, les chars ennemis foncent en direction de Noville. Durant deux jours, les blindés du Combat Team, commandé par le major Desobry, retardent leur progression. Durement touchées, les troupes américaines se replient vers Bastogne et les SS pénètrent dans le village.

Moins de vingt-quatre heures après, ils sillonnent Noville à la recherche de résistants. Les membres du commando visitent chaque maison, chaque cave et prennent une vingtaine d'hommes en otage, dont Francois et Félix Deprez, père et oncle de Gérard.

«Je n'ai jamais su si mon père et mon oncle avaient fait de la résistance», souffle M. Deprez. «Je pense que les SS, sans doute des Alsaciens parce qu'ils parlaient tous le français, voulaient terroriser la population.»

Le 21 décembre, vers 13 h, les SS rassemblent leurs otages devant l'école. Un officier tire un papier de sa poche et lit les noms de ceux qui peuvent partir. Les autres l'abbé Louis Delvaux, Roger Beaujean, Félix et François Deprez, Auguste Lutgen, Romain Henkinet, Joseph Rosière sont conduits à l'arrière d'une maison en ruine et fusillés. Le même jour, au même endroit, Michel Stranen, réfractaire au service militaire, est passé par les armes.

Gérard Deprez ne cache pas qu'à l'âge de 12 ans il n'éprouvait que de la haine pour les Allemands. «Il arrivait que des voitures immatriculées en Allemagne passent dans le village. Je leur jetais des pierres»

Reste qu'avec le temps, l'état d'esprit du Bastognard a évolué. «Cette haine a fait place à l'horreur de la guerre et à son cortège d'atrocités. Ensuite, j'ai compris qu'il fallait faire la paix. Aujourd'hui, j'ai des amis allemands»

© La Dernière Heure 2004